
Nos Tabous : quand la romance contemporaine cache encore une société archaïque
Il existe des webtoons contemporains qui donnent pourtant l’impression de venir d’un autre siècle.
Nos Tabous fait partie de ces œuvres étranges où les téléphones existent, où les personnages conduisent des voitures de luxe et fréquentent des galeries d’art… mais où les rapports humains semblent encore gouvernés par des hiérarchies sociales presque féodales.
Et c’est précisément ce qui rend cette lecture aussi fascinante que frustrante.
Parce qu’au-delà de sa romance, Nos Tabous raconte surtout une chose : ce que devient une femme lorsqu’on lui apprend toute sa vie qu’elle doit prendre moins de place.
⚠️ CONTENU MATURE
Cet article analyse une œuvre destinée à un public averti (18+).
Nos Tabous aborde des thématiques sensibles : sexualité explicite, validisme, humiliation sociale, manipulation émotionnelle et rapports de pouvoir toxiques.
Comme toujours chez Webtoon Lady, cette analyse cherche à explorer les mécaniques émotionnelles et narratives du récit sans romantiser les comportements problématiques qu’il met en scène.
Une héroïne brisée par le regard des autres
Sahee : une Cendrillon moderne qui n’a jamais appris à se choisir
Au début de Nos Tabous, on croit presque entrer dans une réécriture contemporaine de Cendrillon.
Sahee vit auprès de sa grand-mère chamane et passe son temps à servir, nettoyer, préparer le thé et s’occuper des visiteurs.
Le récit tente plus tard de justifier cette situation : la personne qui s’occupait habituellement de ces tâches serait malade.
Très bien.
Le problème, c’est que même après son retour… rien ne change réellement.
Et c’est là que La Lady commence à froncer les sourcils.
Parce qu’entre-temps, on découvre que Sahee est :
- autrice,
- artiste,
- talentueuse,
- et même sélectionnée pour un programme international à l’étranger.
Autrement dit : cette jeune femme possède un véritable avenir.
Mais personne autour d’elle ne semble considérer ses rêves comme prioritaires.
Sahee accepte tout.
Toujours.
Et plus le récit avance, plus on comprend que cette soumission n’est pas de la gentillesse.
C’est une conséquence directe de son histoire familiale.
La véritable blessure : l’abandon émotionnel
Le traumatisme le plus violent de Sahee n’est pas physique.
Il est émotionnel.
Lorsque sa mère reconstruit une nouvelle famille avec un autre homme et une nouvelle fille, Sahee devient progressivement une présence dérangeante.
Presque un rappel vivant de l’échec du premier mariage.
Et ce rejet devient si profond que sa demi-sœur, encore enfant, tente littéralement de la faire disparaître.
La scène est glaçante.
Sahee est poussée dans le fleuve.
Elle dérive avant que son pied ne reste coincé dans une pierre.
Elle survivra.
Sa cheville est détruite.
Elle restera boiteuse à vie.
Et ce qui rend cette scène encore plus douloureuse… c’est qu’elle voulait simplement aider sa demi-sœur Chae Hyunji à retrouver sa poupée.
Mais le plus terrible arrive ensuite.
Sa propre mère vient la supplier de ne rien dire.
Non pas pour protéger Sahee.
Pour protéger l’avenir de sa demi-sœur.
Et honnêtement ?
La Lady avait envie de hurler.
Parce qu’à cet instant précis, le webtoon ne parle plus simplement de favoritisme familial.
Il parle d’effacement.
Sahee apprend que sa souffrance doit être silencieuse pour préserver le confort des autres.
Et cette logique va façonner toute sa personnalité adulte :
- discrète,
- docile,
- incapable de se considérer comme prioritaire,
- prête à accepter des choses qui devraient être inacceptables.

Mme Cheon : la seule véritable figure maternelle
Le récit devient encore plus cruel lorsqu’on observe la relation de Sahee avec sa propre famille.
Sa mère, après avoir refait sa vie avec un autre homme, semble progressivement considérer Sahee comme une gêne. Une présence rappelant l’échec de son premier amour.
Et c’est précisément ce qui rend le parallèle avec Hyunji aussi tragique.
La mère de Sahee elle-même avait tenté autrefois d’utiliser sa grossesse pour retenir l’homme qu’elle aimait.
Un homme qui l’a finalement abandonnée malgré tout.
Plus tard, Hyunji reproduira exactement le même schéma :
- dettes liées à son amant,
- manipulation affective,
- grossesse utilisée pour empêcher le divorce.
La boucle devient presque karmique.
Le moment où la mère hurle à Hyunji d’avorter est d’une violence terrible.
Car derrière cette colère, on sent surtout une femme incapable d’affronter son propre passé.
Dans ce chaos familial, une seule personne aime véritablement Sahee sans condition : Mme Cheon.
Cette femme qui la portait sur son dos pour l’emmener à l’école lorsqu’elle ne pouvait pas marcher.
Cette femme que Sahee considère finalement comme sa véritable famille.
Et ce n’est pas un hasard si Sahee utilise son argent pour aider la fille de Mme Cheon à recevoir des soins médicaux.
Pour la première fois, elle rend enfin l’amour sincère qu’on lui a donné.
Le poids du handicap : quand la société décide de votre valeur
Le handicap de Sahee devient lui aussi une violence sociale permanente.
Et le webtoon est particulièrement cruel dans sa façon de montrer les remarques qu’elle subit.
Certaines scènes sont révoltantes.
Notamment lorsque le voisin — futur fiancé de sa demi-sœur et membre officiel du Hall of Shame de La Lady — lui fait comprendre qu’elle devrait presque être reconnaissante qu’un homme s’intéresse à elle malgré son boitement.
Comme si sa valeur humaine avait diminué avec sa blessure.
Comme si sa beauté, son intelligence ou son talent artistique ne comptaient plus.
Cette violence-là est insidieuse.
Parce qu’elle est quotidienne.
Socialement acceptée.
Presque banalisée.
Et c’est probablement ce qui rend Sahee si effacée : elle a grandi dans un monde qui lui répète constamment qu’elle vaut “moins”.
Ce point rappelle d’ailleurs énormément le bégaiement de Maxi dans Under the Oak Tree.
Dans les deux œuvres, le corps devient un espace de honte imposée par les autres.
Mais là où beaucoup regardent Sahee avec pitié ou mépris, Jeong est l’un des rares personnages à adapter naturellement son comportement sans jamais transformer son handicap en spectacle.
Une esthétique du vide et du regard
Visuellement, Nos Tabous possède une identité très marquée.
Le webtoon utilise énormément de gros plans :
- un œil,
- une bouche,
- une main,
- une respiration suspendue.
L’espace blanc occupe également une place immense entre les cases.
Cette aération donne parfois l’impression que les personnages flottent dans leurs propres émotions.
Le silence devient presque palpable.
Et cette mise en scène fonctionne particulièrement bien dans les moments de tension intime.

Une romance contemporaine prisonnière d’une société archaïque
On a parfois l’impression de lire une romance contemporaine… qui refuse pourtant de quitter une logique sociale archaïque.
Et ce clivage devient particulièrement visible avec la mère de Jeong.
Comme dans Just Twilight, la richesse et le statut social deviennent des armes utilisées pour rappeler à l’héroïne qu’elle n’appartient pas au “bon monde”.
La mère de Jeong ne cherche même pas réellement à connaître Sahee.
Pour elle, la situation est déjà réglée :
- pauvre,
- handicapée,
- socialement inférieure,
- donc indigne de son fils.
Et c’est précisément là que le récit devient émotionnellement violent.
Une sensualité qui révèle la perte de contrôle
L’autre élément impossible à ignorer dans Nos Tabous reste évidemment son caractère profondément charnel.
Le webtoon ne se contente pas d’utiliser le +18 comme simple fan service.
La sexualité devient ici une mécanique émotionnelle à part entière.
Et c’est précisément ce qui rend certaines scènes aussi fascinantes qu’inconfortables.
Parce qu’à plusieurs moments, on a presque l’impression que Sahee perd progressivement sa capacité de recul face à l’intensité physique de sa relation avec Jeong.
Comme si le fait d’être enfin :
- désirée,
- regardée,
- touchée avec passion,
venait court-circuiter des années entières de solitude affective et de dévalorisation.
Et cette dynamique devient encore plus visible dans les scènes intimes.
Plus leur relation devient physique, plus Jeong semble adopter une posture dominatrice :
- proximité envahissante,
- gestes de contrôle,
- maintien des poignets au-dessus de sa tête,
- intensité presque écrasante.
Face à lui, le côté effacé de Sahee ressort encore davantage.
Comme si son besoin d’être aimée finissait parfois par prendre le dessus sur sa capacité à poser ses propres limites émotionnelles.
Et c’est probablement ce qui rend leur relation si ambiguë.
Car le récit joue constamment sur une frontière fragile :
entre désir sincère,
abandon amoureux,
et perte progressive de contrôle émotionnel.
Le plus troublant reste peut-être que cette dynamique semble profondément cohérente avec toute l’histoire de Sahee.
Une femme à qui l’on a appris toute sa vie :
à céder,
à s’excuser,
à prendre moins de place,
et à accepter l’inacceptable.

⚜️ Note de La Lady : quand les titres racontent trois œuvres différentes
Le titre français Nos Tabous évoque presque une romance interdite élégante.
Le titre anglais No Taboo insiste davantage sur la transgression assumée.
Mais le titre coréen original est en réalité : 개짓 (Gaejit).
Et le contraste est saisissant.
Parce que ce mot possède une connotation beaucoup plus brutale.
Littéralement, il évoque quelque chose de dégradant, honteux, méprisable — un “comportement de chien” dans son sens le plus insultant.
Et finalement… plus l’histoire avance, plus ce titre semble honnête.
Car derrière la romance sulfureuse vendue par les traductions occidentales, le récit parle surtout :
- d’humiliation sociale,
- de domination émotionnelle,
- de rapports de pouvoir cruels,
- et de personnages forcés d’accepter l’inacceptable.
Les hommes de Nos Tabous : entre désir, douceur et domination sociale
Jeong : l’arrogance qui finit par vaciller
Le fantasme du CEO arrogant
Il faut maintenant parler de Jeong.
Oui, il est beau.
Très beau.
Très musclé.
Très bien habillé.
Et chez La Lady, on apprécie toujours l’esthétique avant de juger les qualités morales. Nous avons déjà survécu à Cesare Borgia, après tout.
Au départ, Jeong semble pourtant cocher toutes les cases du dirigeant arrogant :
- riche,
- impulsif,
- habitué au contrôle,
- persuadé que le monde lui appartient.
Pourtant, malgré son arrogance, Jeong montre très tôt qu’il n’a pas mauvais fond.
Dès leur première rencontre, il intervient lorsqu’il entend des hommes tenir des propos déplacés envers Sahee.
L’attirance physique entre eux semble immédiate.
Et oui, certains aspects de leur relation peuvent déranger.
Sahee accepte d’abord ses avances dans un contexte professionnel, puisqu’il est lié aux clients de sa grand-mère. Le rapport de pouvoir existe donc clairement.
La Lady s’est méfiée.
Parce qu’une romance ne doit jamais romantiser le harcèlement ou l’abus d’autorité.
Mais plus l’histoire avance, plus on comprend quelque chose d’important :
Sahee choisit.
Elle sait que cette relation ne mènera probablement à rien.
Elle sait que ce n’est pas raisonnable.
Mais elle cède malgré tout à son désir.
Et là, le regard change complètement.
Parce que cela devient son choix.
Et personne ne devrait juger une femme pour cela.

La tendresse silencieuse de Jeong
Le moment le plus touchant de Jeong n’est d’ailleurs pas spectaculaire.
C’est lorsqu’il ralentit simplement son pas pour marcher au rythme de Sahee sans jamais souligner son handicap.
Sans commentaire.
Sans pitié.
Sans regard appuyé.
Juste une adaptation naturelle pour préserver sa dignité.
Et paradoxalement, cette retenue rend le geste encore plus intime.
À mesure que le récit avance, Jeong semble même devenir “l’arroseur arrosé”.
L’homme arrogant qui croyait contrôler la situation réalise progressivement qu’il tient réellement à Sahee.
Entre désir sincère et arrogance frustrante
Jeong aime sincèrement Sahee.
Il finit même par exposer publiquement les scandales de sa propre famille pour la défendre.
Et lorsqu’elle pense avoir été choisie pour l’exposition grâce à son argent, il lui précise honnêtement que c’est le comité qui l’a sélectionnée pour son talent réel.
C’est fair-play.
Mais le récit montre aussi les limites du personnage.
Son arrogance devient parfois étouffante.
Le moment où il refuse d’accepter leur rupture unilatérale sous prétexte que “lui n’a jamais rompu” reste particulièrement agaçant.
Et surtout :
sa tentative de convaincre Sahee de renoncer à son programme artistique à l’étranger est profondément frustrante.
Parce que ce rêve lui appartient à elle.
L’aimer ne devrait jamais signifier l’empêcher de devenir pleinement elle-même.
Juhwan : la tragédie silencieuse du bon garçon

L’ami de Sahee à l’école d’art représente probablement la figure la plus mélancolique du récit.
Il appartient à cette catégorie très particulière des webtoons coréens :
les hommes qui aiment sincèrement… sans jamais réclamer quoi que ce soit en retour.
Sahee ne semble même jamais le considérer comme un partenaire potentiel.
Et c’est précisément ce qui rend leur dynamique si triste.
Parce que lui, l’aime déjà.
Silencieusement.
Depuis longtemps.
C’est d’ailleurs lui qui pousse Sahee à croire davantage en son talent et qui l’encourage à rejoindre le programme artistique à l’étranger.
Il veut son épanouissement avant son propre bonheur.
Et forcément, le cœur de Lady souffre immédiatement.
Parce qu’on comprend très vite une chose :
il n’a probablement aucune chance.
Alors peut-on vraiment parler de triangle amoureux lorsque l’amour ne circule que dans une seule direction ?
Peut-être pas.
Peut-être que certains second male leads existent simplement pour nous briser le cœur avec élégance.
M. Kim : la douceur inattendue

Le secrétaire de Jeong mérite également toute l’attention de La Lady.
Contrairement à beaucoup de personnages issus des milieux riches dans ce type de romance, il ne manifeste jamais le moindre mépris envers Sahee ou son handicap.
Au contraire.
Il se montre immédiatement doux, attentif et naturellement respectueux avec elle.
Et très honnêtement… il semble aussi immédiatement intrigué par Sahee.
Ce qui rend évidemment les réactions de Jeong absolument délicieuses.
Parce que derrière son arrogance habituelle, on voit apparaître ces premières pointes de jalousie qu’il essaie de dissimuler avec plus ou moins de succès.
Et chez La Lady, voir un CEO orgueilleux perdre progressivement son calme émotionnel reste un plaisir intemporel.
Le secrétaire apporte alors quelque chose d’essentiel au récit :
une présence apaisante.
Élégant.
Calme.
Observateur.
Le genre d’homme qui n’a pas besoin de dominer une pièce pour exister dans l’histoire.
Et forcément… cela le rend immédiatement dangereux pour le cœur des lectrices.
Hall of Shame : les hommes que La Lady ne pardonne pas
Le voisin devenu fiancé de la demi-sœur mérite une place immédiate dans mon Hall of Shame.
Non seulement pour son mépris validiste envers Sahee, mais aussi pour son hypocrisie absolue.
L’homme qui faisait comprendre à Sahee qu’elle devait être “reconnaissante” qu’on puisse encore la regarder finit manipulé par une femme qui ne s’intéresse qu’à son argent.
Finalement, l’homme qui croyait faire une faveur à Sahee en la regardant découvre surtout ce que cela fait d’être utilisé à son tour.
L’arroseur arrosé, dans toute sa splendeur.
Le verdict de La Lady
Nos Tabous est une œuvre profondément frustrante.
Frustrante parce qu’elle montre une héroïne talentueuse qui accepte trop souvent l’inacceptable.
Frustrante parce que son univers social paraît parfois incroyablement cruel.
Mais c’est aussi ce qui rend cette romance si captivante.
Derrière son apparence de romance contemporaine élégante se cache une réflexion beaucoup plus sombre sur :
- le regard social,
- le handicap,
- la valeur des femmes,
- et l’effacement émotionnel.
Et finalement, le plus beau combat de Sahee n’est peut-être pas de trouver l’amour.
C’est peut-être d’apprendre qu’elle mérite enfin d’exister pleinement.
Chères lectrices, ne laissez jamais les blessures que le monde vous impose vous faire croire que vous méritez moins d’amour.
La Lady
Crédits
- Titre Français : Nos Tabous
- Titre Original : 개짓 (Gaejit) / No Taboo
- Auteur original : Kim Yeong Han
- Scénario : Bulsa
- Illustrations : Mute & Seo In Hwa
- Où lire en VF : 🇫🇷 Webtoon
✦ Pour découvrir les plus belles planches de Nos Tabous et d’autres romances psychologiques, retrouvez également Webtoon Lady sur Pinterest.
Les analyses et textes publiés sur ce blog sont la propriété exclusive de Webtoon Lady.
Les illustrations et visuels présentés sont la propriété de leurs auteurs respectifs et des plateformes de diffusion originales (Webtoon, Tappytoon, etc.). Ils sont utilisés ici dans un but de critique et d’illustration, conformément au droit de citation.
