Avant la moisson : quand aimer devient une question de dignité

Su-yeong rencontre Tae-eun lorsqu’il devient son nouveau chef d’équipe.

Elle ignore encore qu’une ancienne dette relie leurs deux familles.

Des années auparavant, le père de Su-yeong est mort en sauvant celui de Tae-eun. Depuis ce jour, ce dernier envoie chaque mois de l’argent à la famille du défunt.

Ni Su-yeong ni Tae-eun n’ont choisi cette dette.

Pourtant, ils ont tous les deux grandi avec ses conséquences.

Sous ses airs de romance de bureau, Avant la moisson raconte donc une histoire bien plus profonde qu’il n’y paraît.

Une histoire de pauvreté, d’abandon et de culpabilité.

Mais surtout, une histoire de dignité.

Car ici, ce n’est pas l’absence de sentiments qui éloigne les héros.

C’est leur volonté de toujours faire ce qui leur semble juste.


Une romance entre dette, dignité et sentiments

Avant que les raisins ne mûrissent

Le titre coréen, Podoga ikgi jeone — 포도가 익기 전에 — signifie littéralement :

« Avant que les raisins ne mûrissent. »

C’est d’ailleurs le titre choisi pour la version anglaise : Before the Grapes Ripen.

Le titre français, Avant la moisson, reste joli et poétique. Mais il est aussi beaucoup plus vague.

Il fait surtout disparaître un élément très important du webtoon : la grappe de raisin.

Dans une boutique destinée aux enfants, Su-yeong et Tae-eun découvrent une fiche représentant une grappe.

Le principe est simple.

À chaque fois que l’enfant accomplit quelque chose de bien, il peut coller une vignette violette sur l’un des grains encore blancs.

Une fois la grappe entièrement remplie, il reçoit une récompense.

Tae-eun se souvient alors qu’enfant, il n’a jamais réussi à terminer la sienne.

Il n’a jamais eu assez de vignettes.

Et il n’a donc jamais reçu la récompense promise.

Mais Su-yeong ne se contente pas d’écouter ce souvenir.

Elle achète la fiche, la rapporte chez lui et commence à coller les vignettes avec lui.

J’ai trouvé ce geste particulièrement touchant.

Devenu adulte, Tae-eun peut enfin terminer ce qu’il n’avait jamais réussi à accomplir lorsqu’il était enfant.

Et cette fois, il n’est plus seul.

Su-yeong est là pour remplir les grains restés blancs avec lui.

Elle ne peut évidemment pas lui rendre son enfance.

Mais elle lui permet de vivre aujourd’hui un petit bonheur qui lui avait autrefois été refusé.

Les raisins n’avaient jamais eu le temps de mûrir.

Avec elle, ils le peuvent enfin.

✧ Note de la Lady

Cette grappe n’est peut-être qu’un jeu pour enfants. Pourtant, lorsqu’elle commence à la compléter avec lui, Su-yeong lui offre bien plus que quelques autocollants violets.

Elle lui offre la possibilité de terminer enfin une partie de son enfance.


Quand la dignité devient un devoir

La dette entre les deux familles aurait pu n’être qu’un simple prétexte pour rapprocher les héros.

Mais elle devient rapidement le moteur de toute l’histoire.

Après la mort de son mari, la mère de Su-yeong élève seule sa fille.

Elle reçoit chaque mois l’argent envoyé par le père de Tae-eun, mais refuse pendant des années de l’utiliser.

Elle ne se sent tout simplement pas en droit d’y toucher.

Cet argent reste lié à la mort de son mari. L’utiliser reviendrait presque, pour elle, à profiter de son sacrifice.

Elle préfère donc vivre modestement et continuer à travailler sur son marché.

Il faut attendre qu’elle perde son emplacement et qu’elle ne puisse plus faire face à ses besoins ainsi qu’à l’hospitalisation de sa propre mère pour que Su-yeong la pousse enfin à se servir de cet argent.

Même là, elle refuse de faire les choses n’importe comment.

Elle veut retrouver le père de Tae-eun et officialiser les donations afin que tout soit parfaitement honnête.

Sa situation est pourtant devenue très difficile.

Mais sa dignité passe encore avant son confort.

De son côté, Tae-eun a lui aussi grandi dans la précarité.

Son père consacrait une grande partie de ses revenus à la famille de Su-yeong pour tenter de compenser la mort de son sauveur.

Tae-eun n’était responsable ni de l’accident ni de cette dette.

Il en a pourtant subi toutes les conséquences.

Sa mère les avait abandonnés avant de devenir une actrice très célèbre. Elle semble ensuite avoir tenté de compenser son absence par l’argent.

À ce stade, le webtoon n’a pas encore révélé toutes les raisons de son départ ni les circonstances exactes de son retour dans la vie de son fils.

Une chose paraît pourtant certaine.

Tae-eun ne lui a pas réellement pardonné.

Il vit aujourd’hui dans un appartement luxueux, mais cette richesse ne lui a pas rendu les années passées sans elle.

Son père a tenté de compenser une mort avec de l’argent.

Sa mère a tenté de compenser un abandon de la même manière.

Tae-eun sait donc très bien que l’argent peut améliorer le quotidien.

Mais il sait aussi qu’il ne répare pas tout.

Lorsque Su-yeong découvre enfin son identité, elle ne lui en veut absolument pas.

Tae-eun n’est pas responsable des décisions de son père.

Pour elle, il n’a aucune dette à rembourser.

Lui n’arrive pourtant pas à se libérer aussi facilement.

Il aime Su-yeong, mais refuse de commencer une relation avec elle.

Il pense à leurs familles.

Il imagine la réaction de sa mère.

Il se convainc surtout que prendre ses distances est la meilleure façon de la protéger.

Cette attitude rappelle celle du héros de Just Twilight. Lui aussi pense parfois que s’éloigner est la solution la plus raisonnable pour protéger celle qu’il aime.

Mais Su-yeong ne lui demande pas de choisir à sa place.

Elle est même prête à convaincre sa mère et à obtenir son accord.

Après tout, comme elle le lui rappelle, elle lui propose seulement de sortir ensemble.

Pas encore de se marier.

Tae-eun commence alors à manquer sérieusement d’arguments.

Il tente même d’imposer une distance d’un mètre entre eux.

Une règle qui ne résistera évidemment pas très longtemps à Su-yeong.

Car l’héroïne sait aussi prendre les choses en main.

Elle se présente chez lui en maillot de bain et fait clairement tout pour le tenter.

La scène m’a rappelé Say You Love Me, lorsque l’héroïne décide elle aussi de provoquer l’homme qu’elle aime pour le faire sortir de sa trop parfaite maîtrise de soi.

Su-yeong peut être spontanée et joueuse.

Mais elle sait parfaitement ce qu’elle veut.

Face à elle, Tae-eun rougit, détourne les yeux et tente encore de rester raisonnable.

Son visage le trahit pourtant à chaque instant.

Et derrière sa retenue se cache une question bien plus profonde : « Est-ce que j’en suis digne ? »

Tae-eun ne se demande pas seulement s’il a le droit d’aimer Su-yeong.

Il se demande s’il mérite d’être aimé par elle.

C’est ce qui rend leur romance si touchante.

Ce qui prend du temps, ce n’est donc pas l’amour.

C’est l’autorisation de le vivre.

Cette dignité des sentiments rappelle Miss Pendleton. Dans les deux œuvres, les personnages aiment sincèrement, mais cherchent encore à agir de la manière la plus juste possible.

Leur retenue ne vient pas d’un manque de désir.

Elle vient de leur peur de blesser les autres.

Retrouver un peu d’insouciance

Su-yeong n’apporte pas seulement de l’amour à Tae-eun.

Elle lui rend aussi une part de l’enfance qu’il avait perdue.

Il a dû devenir adulte bien trop tôt.

La pauvreté, l’abandon de sa mère et la dette morale de son père ne lui ont pas laissé beaucoup de place pour l’insouciance.

Su-yeong, elle, a conservé une vraie spontanéité.

Elle lui propose des promesses du petit doigt.

Elle joue avec l’eau.

Elle s’amuse de choses très simples.

Tae-eun la traite parfois de gamine, mais il est surtout attendri malgré lui.

La scène du robinet résume parfaitement leur relation.

Après avoir vu Su-yeong jouer avec l’eau, il reste seul devant le robinet et se demande très sérieusement ce qu’elle peut bien trouver d’amusant à cela.

Puis il essaie.

Il reproduit son geste.

Et il finit par rire, juste avant qu’elle ne le surprenne.

Su-yeong ne le rend pas moins mature.

Elle lui rappelle simplement qu’il a encore le droit de rire, de jouer et de profiter d’un instant sans devoir le mériter.

L’enfant qui n’avait jamais terminé sa grappe découvre enfin des petits bonheurs qui ne dépendent d’aucune récompense.

Une esthétique douce et très soignée

Le dessin de Samtae est vraiment très beau.

Les personnages ont des visages fins, des mentons pointus et des yeux en amande très étirés.

Nous sommes loin des grands yeux ronds souvent associés au manga.

Ce style donne immédiatement une vraie identité au webtoon.

J’ai aussi beaucoup aimé la manière dont l’artiste met en valeur les scènes tendres.

De grands espaces blancs apparaissent parfois entre les images.

Puis une petite case attire soudain notre regard sur une expression, une main ou un baiser.

Cela ralentit naturellement la lecture.

On s’arrête quelques secondes de plus sur le moment.

Cette façon d’utiliser les espaces blancs et les gros plans m’a parfois rappelé Nos Tabous.

Dans les deux œuvres, les silences et les gestes peuvent compter autant que les dialogues.

Les couleurs accompagnent également très bien les émotions.

Dans les scènes romantiques, le ciel prend souvent des teintes roses, orangées ou dorées.

La lumière d’un coucher de soleil enveloppe les personnages au moment où ils se rapprochent.

Le décor ne sert donc pas seulement à rendre la scène plus belle.

Il suit discrètement ce que les héros sont en train de ressentir.

✧ Note de la Lady

Sans pouvoir utiliser les images du webtoon dans cette chronique, il est difficile de vous montrer toute la délicatesse du travail de samtae.

Mais prenez le temps d’observer les silences, les lumières et les petits cadrages. L’émotion se cache souvent dans ces détails.


Les Husbandos d’Avant la moisson

Tae-eun — Le husbando qui ne se croit pas digne d’être aimé

Tae-eun possède déjà beaucoup des qualités nécessaires pour rejoindre notre collection de husbandos.

Il est élégant.

Compétent.

Protecteur.

Et absolument adorable lorsqu’il rougit malgré tous ses efforts pour rester sérieux.

Mais ce qui le rend vraiment intéressant, c’est le contraste entre son calme apparent et le désordre complet qui règne dans son cœur.

Lorsque sa mère lui apprend que Jun-yeong critique sa réputation, Tae-eun ne semble pas vraiment s’en soucier.

Il n’a pas non plus envie de prendre la direction de l’entreprise.

Le pouvoir ne l’intéresse pas.

Tout change lorsqu’il voit Jun-yeong isoler Su-yeong dans un parking, la rabaisser et la bousculer.

Tae-eun intervient immédiatement.

Et alors qu’il refusait jusque-là d’envisager de diriger l’entreprise, il commence soudain à y réfléchir.

Ne serait-ce que pour pouvoir renvoyer Jun-yeong.

Ce qu’il ne voulait pas faire pour lui-même devient donc envisageable lorsqu’il peut s’en servir pour protéger Su-yeong.

Elle commence déjà à changer ses choix de vie.

Bien avant qu’il accepte officiellement leur relation.

Tae-eun essaie encore de lui imposer une distance.

Mais sa jalousie le trahit dès que Ha-neul se montre trop proche d’elle.

Il refuse de sortir avec Su-yeong, tout en supportant très mal qu’un autre homme puisse la toucher ou la protéger à sa place.

C’est un peu injuste.

Mais terriblement mignon.

Ce qui me touche pourtant le plus chez lui reste sa difficulté à croire qu’il puisse être aimé.

Lorsqu’il demande à Su-yeong s’il est digne des regards qu’elle lui adresse, il ne cherche pas seulement à résister à la tentation.

Il doute sincèrement de sa propre valeur.

Cela rappelle Dorothea dans The Tyrant Wants to Be Good.

Mais là où Dorothea veut devenir meilleure pour mériter enfin l’amour qu’elle attend, Tae-eun doit comprendre qu’il n’a rien à prouver pour recevoir celui de Su-yeong.

Il n’a pas besoin de remplir toutes les cases.

Il n’a pas besoin de payer la dette de son père.

Et il n’a pas besoin de gagner Su-yeong comme une récompense.


✧ Confession de la Lady

Un homme protecteur, jaloux malgré lui et incapable de cacher ses sentiments parce qu’il rougit beaucoup trop ?

Tae-eun avait déjà de sérieux arguments pour rejoindre notre classement des Husbandos.


Ha-neul — L’ami fidèle qui a peut-être trop attendu

Ha-neul mérite lui aussi sa petite place parmi les husbandos secondaires.

Lorsque Su-yeong a besoin d’aide pour son projet, elle fait appel à lui.

Il répond présent et vient les aider au dernier moment.

Il évoque également une occasion qu’il aurait autrefois laissée passer et qu’il ne souhaite pas manquer une nouvelle fois.

Difficile de ne pas se demander s’il parle seulement du travail.

Ou s’il regrette de ne jamais avoir avoué ses sentiments à Su-yeong.

Sa réaction lorsqu’il apprend que Jun-yeong l’a bousculée confirme en tout cas son attachement.

Il devient immédiatement très en colère.

Ha-neul n’est pas un rival agaçant ajouté uniquement pour créer un triangle amoureux.

Il semble réellement tenir à elle.

Et sa présence a au moins un avantage.

Elle oblige Tae-eun à montrer sa jalousie et à lui demander de ne plus toucher Su-yeong.

L’homme qui voulait rester à un mètre d’elle supporte donc très mal qu’un autre puisse s’en approcher.

Comme quoi, certaines règles sont surtout faites pour être oubliées.


L’amour n’est ni une dette ni une récompense

Avant la moisson ne raconte pas seulement une romance née d’une dette familiale.

Le webtoon parle surtout de personnages qui veulent tellement agir correctement qu’ils finissent par s’interdire leur propre bonheur.

La mère de Su-yeong refuse d’utiliser l’argent reçu au nom de la mémoire de son mari.

Tae-eun porte une responsabilité qui ne lui appartient pas et pense protéger Su-yeong en restant loin d’elle.

Su-yeong, elle, refuse que le passé de leurs parents décide de leur avenir.

Elle ne lui apprend pas seulement à aimer.

Elle lui apprend à recevoir l’amour qu’on lui offre.

Avec elle, Tae-eun peut enfin rire sans raison.

Céder à ses sentiments.

Et compléter la grappe qu’il avait laissée inachevée lorsqu’il était enfant.

Car l’amour de Su-yeong n’est ni une dette à rembourser ni une récompense à mériter.

C’est simplement un sentiment qu’il doit enfin s’autoriser à vivre.


Chères lectrices,

Le choix d’aimer appartient à celui qui vous aime.

La Lady


Crédits:
  • Titre français : Avant la moisson
  • Titre original : 포도가 익기 전에
  • Titre anglais : Before the Grapes Ripen
  • Scénariste et dessinateur : Samtae
  • Où lire en VF : WEBTOON

✧ Husbandos, Ladies, chroniques et notes… Collectionnez les cartes de la Lady sur Pinterest.

Les illustrations appartiennent à Samtae, Naver et leurs ayants droit. L’analyse critique est signée Webtoon Lady.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *