
Tromper n’est pas un crime: quand le passé refuse de rester enterré
Pour une fois, je vais commencer cette chronique par une confession.
Lorsque j’ai cherché de nouveaux titres à découvrir et que je suis tombée sur Tromper n’est pas un crime, je dois avouer que je n’étais pas particulièrement tentée. J’avais peur de me retrouver face à une histoire où l’infidélité serait le thème principal du premier au dernier chapitre.
Mais la Lady a ses faiblesses, vous le savez déjà. Surtout lorsqu’il s’agit de male leads beaucoup trop beaux.
Et là… l’illustration de présentation a eu raison de toutes mes bonnes résolutions. Ce visage à lui seul a balayé mes réticences, et je suis aujourd’hui bien heureuse d’y avoir succombé.
Car derrière ce titre se cache une histoire bien plus complexe que ce que j’avais imaginé.
Avertissement : cette chronique aborde une œuvre destinée à un public averti.
Tromper n’est pas un crime contient des scènes de sexualité, d’infidélité, de manipulation psychologique, de violence conjugale ainsi que plusieurs thématiques sensibles liées au deuil, à la fausse couche et aux relations toxiques.
Je recommande donc cette lecture à un public adulte et averti.
Le piège du titre : désir, culpabilité et infidélité
S’il y a bien une chose qui m’a intriguée tout au long de ma lecture, c’est la différence entre le titre français et le titre anglais de cette œuvre.
D’un côté, Tromper n’est pas un crime.
De l’autre, My Wish Is Not a Sin (Mon souhait n’est pas un péché).
Les lectrices régulières de Webtoon Lady savent déjà à quel point j’aime comparer les titres français, anglais et parfois même coréens d’une même œuvre. J’avais d’ailleurs déjà évoqué ce sujet dans ma chronique sur Autrice de ma destinée, où chaque version du titre mettait en lumière une facette différente du récit.
Fait intéressant, le titre original coréen est encore plus proche du titre anglais que du titre français. Naui Barameun Joega Anida (나의 바람은 죄가 아니다) signifie littéralement «Mon désir n’est pas un péché ». Là où Tromper n’est pas un crime met l’accent sur l’acte, les titres anglais et coréen s’intéressent avant tout au désir et à la culpabilité qui l’accompagne.
Cette différence modifie profondément notre manière d’aborder l’histoire. Avec le titre français, je m’attendais à une œuvre centrée sur l’infidélité. Les titres anglais et coréen, eux, m’invitent davantage à réfléchir aux sentiments des personnages, à leurs regrets et aux choix qui naissent de ces désirs parfois difficiles à assumer.
Cette nuance m’a particulièrement frappée à travers l’évolution de Ian. Avant même que la question de l’infidélité ne se pose réellement, le récit s’intéresse d’abord au désir. Une scène en particulier m’a marquée : après avoir résisté à l’attirance qu’elle éprouve pour le male lead, elle se retrouve seule face à elle-même et ne peut plus nier ce qu’elle ressent. Cette scène n’est pas importante pour sa dimension sensuelle. Elle l’est parce qu’elle illustre parfaitement le cœur du titre anglais : le désir est déjà là, même lorsqu’aucune limite n’a encore été franchie.
Puis le récit explore une zone beaucoup plus ambiguë, celle où les sentiments ne sont plus seulement des pensées mais commencent à influencer les choix des personnages. La frontière entre désir, culpabilité et infidélité devient alors de plus en plus floue, aussi bien pour Ian que pour le lecteur.
Enfin, l’histoire atteint un troisième stade lorsque Ian annonce clairement sa décision de partir, quitte le domicile conjugal et remet les papiers du divorce. À partir de ce moment, le récit ne s’intéresse plus seulement à la question de la fidélité, mais à celle de la reconstruction et du droit de choisir une autre vie.
Et c’est là, à mes yeux, que se trouve le véritable cœur du récit. Là où je pensais lire une histoire centrée sur la tromperie, j’ai finalement découvert une œuvre qui s’intéresse davantage à la culpabilité, au libre arbitre et au droit de reprendre sa vie en main.
Une vie bâtie sur des certitudes fragiles
Si la première partie du récit interroge le désir et la culpabilité, ce n’est pourtant pas ce qui m’a le plus touchée dans cette œuvre.
Ce qui m’a davantage marquée, c’est le poids du passé dans la vie de Ian.
Lorsque nous la rencontrons, Ian porte déjà de profondes blessures. Des années plus tôt, elle a perdu son fiancé Taemin. Elle est convaincue qu’il s’est suicidé sous le poids des difficultés financières liées à leur projet de galerie d’art. Ce drame a également entraîné la perte de l’enfant qu’ils attendaient ensemble. Ces deux événements continuent de façonner sa vie bien des années après les faits.
À certains égards, cette douleur m’a rappelé Pleure pour cette fleur (Tears on a withered flower). Bien que les deux œuvres empruntent des chemins très différents, elles partagent cette même idée qu’une perte ne disparaît jamais complètement. Elle continue d’habiter les personnages et de façonner leurs choix longtemps après les événements qui l’ont provoquée.
La galerie d’art occupe d’ailleurs une place particulièrement importante dans cette reconstruction. Bien plus qu’une simple entreprise, elle représente un projet que Ian portait déjà aux côtés de Taemin avant sa disparition.
Pendant longtemps, elle a vécu avec l’idée que les difficultés financières liées à ce rêve avaient contribué au drame qui a bouleversé sa vie. Qu’elle soit vraie ou non, cette croyance a profondément marqué son rapport à la galerie, qui devient à la fois un héritage, une réussite personnelle et le symbole d’un passé qu’elle n’a jamais totalement réussi à laisser derrière elle.
C’est également ce qui explique certaines de ses hésitations lorsque son mariage commence à s’effondrer. Car perdre cette galerie reviendrait, d’une certaine manière, à perdre une seconde fois une partie de la vie qu’elle avait construite avec Taemin.
La galerie devient alors une forme de cage dorée. Elle représente tout ce que Ian a réussi à préserver malgré ses blessures, mais également ce qui la retient dans une existence qui ne lui apporte plus le bonheur qu’elle espérait.
C’est d’ailleurs ce qui rend certaines scènes particulièrement douloureuses lorsque d’autres personnages cherchent à minimiser son implication ou à réduire sa réussite au soutien financier dont elle aurait bénéficié. Ce qui est remis en question, ce n’est pas seulement une entreprise. C’est tout ce qu’elle a bâti malgré ses blessures.
À cela s’ajoute l’arrivée de Jeong Hoon. Dès ses premières apparitions, Ian est frappée par sa ressemblance avec Taemin. L’autrice ne cherche d’ailleurs pas à dissimuler ce parallèle et l’accentue à plusieurs reprises à travers sa mise en scène.

Cette ressemblance agit comme une fissure supplémentaire dans les certitudes de Ian. Chaque rencontre semble raviver des souvenirs qu’elle croyait enfouis et l’oblige à regarder son passé sous un autre angle.
En tant que lectrice, je me suis rapidement posé la même question qu’elle. Et lorsque l’on se souvient que Mu Yeol connaissait lui aussi son ami d’enfance depuis de nombreuses années, il devient difficile de croire qu’il n’ait pas remarqué cette ressemblance lui aussi.
Plus le récit avance, plus certaines certitudes commencent ainsi à vaciller. Sans jamais révéler toutes ses cartes d’un seul coup, l’œuvre invite progressivement Ian à remettre en question des éléments de sa vie qu’elle considérait jusque-là comme immuables.
Et c’est probablement ce qui m’a le plus intéressée dans cette histoire. Derrière le drame conjugal annoncé par son titre français se cache finalement le portrait d’une femme qui doit apprendre à regarder son passé autrement pour pouvoir reprendre le contrôle de son avenir.
Husbando de la Lady : Jeong Hoon

Très tôt, l’autrice s’amuse à semer le doute autour de la ressemblance entre Jeong Hoon et Taemin. Entre certains détails visuels et plusieurs remarques qui éveillent naturellement la curiosité du lecteur, le récit laisse volontairement planer quelques interrogations. Pourtant, Ian n’envisage jamais réellement certaines hypothèses, persuadée de connaître toute l’histoire de son fiancé disparu.
Mais ce qui m’a le plus séduite chez Jeong Hoon reste sa manière d’interagir avec Ian.
Dans une œuvre où les relations sont souvent marquées par le contrôle, les manipulations et les secrets, il apporte une énergie beaucoup plus apaisante. Sa présence inspire davantage la confiance que la méfiance, ce qui constitue presque une anomalie dans ce récit.
C’est d’ailleurs un type de male lead que j’apprécie particulièrement. Comme Perez dans La Nouvelle Cheffe de Clan, Jeong Hoon accompagne l’héroïne sans chercher à lui retirer son indépendance. Il la soutient, l’écoute et lui laisse l’espace nécessaire pour faire ses propres choix.
J’ai également apprécié le fait que l’autrice ne fasse pas de lui un simple substitut à Taemin malgré leur ressemblance évidente. Jeong Hoon possède sa propre personnalité, ses propres blessures et sa propre manière d’accompagner Ian.
Jeong Hoon n’arrive d’ailleurs pas dans l’histoire avec un regard totalement neutre sur Ian. Il mène également sa propre enquête autour de la mort de Taemin et cherche à comprendre ce qui s’est réellement passé. Au début du récit, ses interrogations le conduisent même à envisager différentes hypothèses, y compris celles qui concernent Ian elle-même.
J’ai trouvé cet aspect particulièrement intéressant, car il lui évite de devenir un personnage idéal sans défauts. Jeong Hoon n’est pas simplement un homme qui tombe amoureux de l’héroïne. C’est aussi quelqu’un qui cherche des réponses, qui doute et qui tente de comprendre un passé dont il ne possède lui-même qu’une partie des pièces.
Entre sa patience, sa bienveillance et sa capacité à être présent sans chercher à posséder l’autre, il s’est très facilement assuré une place dans cette chronique.
Confession de la Lady
Très chères lectrices, je ne pouvais pas terminer cette partie sans évoquer un sujet de la plus haute importance : l’apparence de Jeong Hoon.
Ses yeux bleus en amande, son regard particulièrement expressif, son visage fin et sa carrure athlétique semblent avoir été conçus pour mettre à l’épreuve la concentration des lectrices.
Mention spéciale à ce petit grain de beauté sous la lèvre qui permet de le distinguer plus facilement de Taemin malgré leur ressemblance frappante. Un détail minuscule… et pourtant fascinant.
Je ne sais pas si c’est son regard, ce grain de beauté ou simplement l’ensemble, mais l’autrice semble avoir méthodiquement coché toutes les cases capables de faire vaciller mon objectivité.
Sortez vos éventails, ladies !
Hall of Shame : Mu Yeol

Une fois n’est pas coutume, très chères lectrices, ce n’est pas le husbando qui va faire couler le plus d’encre dans cette chronique.
Non.
Aujourd’hui, cet honneur revient à Mu Yeol.
Et croyez-moi, il l’a largement mérité.
Les lectrices habituées du Panthéon des Red Flags savent que j’essaie généralement de nuancer mes jugements. Certains personnages sont immatures. D’autres accumulent les mauvaises décisions. D’autres encore se révèlent toxiques sans que cela définisse entièrement leur personnalité.
Mu Yeol appartient malheureusement à une catégorie beaucoup plus difficile à défendre.
Ce qui m’a le plus dérangée chez lui n’est pas son infidélité. Ce serait presque trop simple.
Ce qui m’a dérangée, c’est sa manière de confondre l’amour avec la possession.
Pendant longtemps, le récit nous présente un homme attentionné. Un mari présent. Un homme qui semble avoir aidé Ian à se reconstruire après l’une des périodes les plus douloureuses de sa vie.
Et c’est précisément ce qui rend la suite aussi dérangeante.
Car Mu Yeol ne se contente pas de tromper sa femme. Il mène une véritable double vie avec une ancienne élève de Ian, une femme que celle-ci avait autrefois aidée et soutenue. Les mensonges s’accumulent, les humiliations aussi, et l’on découvre progressivement un personnage incapable d’assumer les conséquences de ses propres choix.
Malgré son mariage et les années passées avec Ian, Mu Yeol continue à vivre dans l’ombre de Taemin. Lorsque Jeong Hoon entre dans l’histoire, cette jalousie devient encore plus évidente.
L’un des moments qui m’a le plus marquée est celui où Mu Yeol tente d’utiliser Jeong Hoon dans ses propres manigances. Là où certains personnages auraient pu accepter de jouer ce rôle, Jeong Hoon choisit au contraire la transparence en révélant immédiatement la situation à Ian et en lui proposant son aide pour obtenir des preuves de l’adultère de son mari.
Cette contradiction apparaît également dans la manière dont Mu Yeol traite Jeong Hoon.
Il va jusqu’à lui demander de séduire Ian dans le cadre de ses propres manipulations. Pourtant, dès que Jeong Hoon se rapproche réellement d’elle, son comportement change complètement.
La jalousie reprend le dessus.
Il ne supporte plus leur proximité, lui interdit de toucher Ian et finit même par s’en prendre physiquement à lui.
Ce paradoxe résume à lui seul le personnage. Mu Yeol est prêt à utiliser Jeong Hoon lorsque cela sert ses intérêts, mais refuse d’accepter les conséquences de ses propres manipulations.
Cette volonté de contrôle se retrouve également dans la surveillance constante qu’il exerce sur son épouse. GPS placé sur sa voiture, vérifications incessantes, besoin de savoir où elle se trouve et avec qui elle passe son temps : plus le récit avance, plus la confiance semble avoir disparu de son vocabulaire.
Et lorsque Ian décide enfin de partir, son comportement devient encore plus inquiétant.
Il ne réagit pas comme un homme qui accepte les conséquences de ses actes.
Il réagit comme quelqu’un à qui l’on retire quelque chose qui lui appartient.
Certaines scènes sont particulièrement difficiles à lire. Je pense notamment à la gifle qu’il inflige à Ian lorsqu’il comprend qu’il risque réellement de la perdre.
Pour moi, cette scène marque une rupture importante.
Car il ne s’agit plus seulement de manipulation émotionnelle ou de mensonges.
La violence fait désormais partie de l’équation.
La scène où il renifle une nuisette portée par Ian après avoir passé du temps avec sa maîtresse fait également partie de ces moments qui m’ont profondément mise mal à l’aise.
Mais ce qui m’a le plus frappée, c’est que cette obsession semble également s’exprimer à travers son désir physique. Même lorsqu’il entretient déjà une relation avec sa maîtresse, rien ne paraît jamais suffisant. À plusieurs reprises, le récit montre un homme constamment animé par ses pulsions, cherchant toujours davantage d’intimité avec Ian, parfois au-delà des limites qu’ils avaient pourtant établies ensemble.
Plus le récit avançait, plus j’avais le sentiment que son rapport à Ian dépassait largement l’amour ou même le simple désir. Tout semble devenir un moyen de réaffirmer son emprise sur elle, comme s’il refusait d’accepter qu’elle puisse lui échapper.
Et certains choix qu’il effectue dans les chapitres suivants m’ont définitivement empêchée de voir en lui un homme simplement jaloux ou désespéré. Afin de préserver certaines révélations importantes, je resterai volontairement vague. Mais lorsqu’un personnage est prêt à bouleverser irréversiblement la vie d’autrui pour servir ses propres intérêts, il franchit à mes yeux une limite particulièrement difficile à pardonner.
Je vais l’assumer clairement : j’ai trouvé certains de ses actes abjects.
À partir de ce moment-là, il ne s’agit plus seulement d’un homme qui refuse d’accepter les conséquences de ses erreurs. Il s’agit d’un personnage prêt à détruire les autres pour conserver ce qu’il considère lui appartenir.
Au fond, c’est probablement ce qui m’empêche de voir en Mu Yeol un homme simplement amoureux.
On peut aimer quelqu’un.
On peut regretter ses erreurs.
On peut souffrir d’une séparation.
Mais détruire les autres pour empêcher leur départ n’a jamais été une preuve d’amour.
C’est une volonté de possession.
Et c’est précisément pour cette raison que Mu Yeol mérite largement sa place au Panthéon des Red Flags de Webtoon Lady.
Une surprise inattendue
Je dois bien l’avouer : Tromper n’est pas un crime a été une très belle surprise.
Lorsque j’ai découvert son titre, je m’attendais à une histoire centrée presque exclusivement sur l’infidélité. Pourtant, au fil des chapitres, je me suis retrouvée bien plus investie que je ne l’aurais imaginé, au point de vouloir connaître rapidement la suite.
Certains thèmes abordés sont difficiles, parfois même dérangeants. Mais si vous appréciez les romances matures qui explorent les zones grises des relations humaines, ce webtoon pourrait bien vous surprendre.
Et fait suffisamment rare pour être souligné : cette fois, l’esthétique n’a pas menti. Comme je l’évoquais déjà dans ma réflexion sur l’esthétique versus le toxique, un beau dessin ne suffit pas toujours à porter une histoire. Ici, heureusement, le fond a su être à la hauteur de la forme.
Une lecture que je n’attendais pas… et que je ne regrette absolument pas.
Chères lectrices,
La Lady
L’amour n’est pas une cage dorée. S’il se transforme en obsession ou en possession, il est temps de s’évader.
Crédits
- Titre français : Tromper n’est pas un crime
Titre original : Naui Barameun Joega Anida (나의 바람은 죄가 아니다)
Titre anglais : My Wish Is Not a Sin- Scénariste : Jinja
Dessinateur : So Hwi- Éditeur VO : Naver
- Où lire en français : WEBTOON
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Les illustrations appartiennent à So Hwi, Jinja, Naver et WEBTOON. L’analyse critique est signée Webtoon Lady.

Avertissement : cette chronique aborde une œuvre destinée à un public averti.