
Nos Tabous : quand le désir bouscule une vie passée à s’effacer
Il y a des héroïnes que l’on voudrait prendre par la main pour leur rappeler qu’elles ont le droit de penser à elles. Sahee fait partie de celles-là.
Artiste talentueuse, discrète et habituée à rendre service, elle semble avoir appris à occuper le moins de place possible. Jusqu’à sa rencontre avec Jeong, un homme dont l’assurance et le désir viennent bouleverser cet équilibre fragile.
Avec Nos Tabous, je m’attendais à une romance contemporaine sensuelle. J’y ai aussi trouvé une histoire familiale cruelle, une héroïne attachante et un homme capable de me faire fondre… avant de m’agacer quelques pages plus loin.
⚠️ Public averti
Nos Tabous est une œuvre destinée à un public adulte, avec des scènes sexuelles explicites. Elle aborde également les violences familiales, le validisme et la manipulation affective. Cette chronique contient des révélations sur l’intrigue.
Sahee : une héroïne qui apprend à prendre sa place
Une Cendrillon des temps modernes
Chez sa grand-mère chamane, Sahee prépare le thé, accueille les visiteurs et s’occupe de la maison.
Toujours disponible. Toujours discrète.
Elle remplace d’abord une employée malade. Mais lorsque celle-ci revient… Sahee continue de servir tout le monde.
Et là, La Lady commence à froncer les sourcils.
Parce que cette jeune femme a du talent, des ambitions artistiques et même une occasion de partir étudier à l’étranger.
Elle a des rêves, elle aussi.
Seulement, elle semble avoir appris que ceux des autres passeraient toujours avant les siens.
Son handicap : le poids du regard des autres
Sahee boite depuis un accident survenu dans son enfance.
Mais au-delà de sa difficulté à marcher, ce sont les remarques de son entourage qui rendent certaines scènes douloureuses.
Le voisin lui fait presque comprendre qu’elle devrait être reconnaissante qu’un homme s’intéresse à elle.
Comme si son handicap devait la rendre moins exigeante sur la manière d’être aimée.
La Lady aurait eu quelques mots à lui adresser.
Cette honte imposée m’a rappelé Maxi dans Under the Oak Tree. Leurs difficultés sont différentes, mais toutes deux finissent par douter d’elles-mêmes à force d’être rabaissées.
Alors, lorsque Jeong ralentit naturellement pour marcher au rythme de Sahee, le geste me touche.
Sans commentaire. Sans pitié affichée.
Il marche simplement avec elle.
Une famille qui lui a appris à se taire
Pour comprendre pourquoi Sahee accepte autant, il faut revenir à son enfance.
Après avoir refait sa vie, sa mère semble la laisser en marge de sa nouvelle famille, tandis que sa demi-sœur Hyunji bénéficie de toute sa protection.
Puis vient l’épisode du fleuve.
Sahee voulait aider Hyunji à retrouver une poupée. Sa demi-sœur la pousse dans l’eau, où sa cheville reste coincée entre les pierres.
Elle survit, mais en gardera les séquelles.
Et sa mère lui demande de ne rien dire.
Il faut préserver l’avenir de Hyunji.
À cet instant, j’ai surtout pensé à ce que Sahee aurait eu besoin d’entendre : qu’on la croyait, qu’on allait la protéger et que sa souffrance comptait.
À la place, elle apprend à se taire.
Son effacement devient alors beaucoup plus triste à regarder. On voudrait qu’elle se défende, mais on comprend mieux pourquoi elle hésite à le faire.
⚜️ Note de La Lady : la famille que l’on choisit
Heureusement, Madame Chéon lui apporte une affection sincère. Elle est celle qui la portait sur son dos pour l’accompagner à l’école.
Comme nous l’avions évoqué dans Renaître bébé : le véritable pouvoir des baby stories, les liens du sang ne garantissent pas l’amour.
Parfois, ceux qui prennent soin de nous deviennent notre véritable famille.
Le dessin de Nos Tabous : entre silences et sensualité
Des gros plans qui retiennent le regard
Visuellement, Nos Tabous possède une identité bien à lui.
Le dessin s’attarde sur un œil, une bouche, une main… Un visage apparaît parfois en partie seulement, comme si l’on surprenait une émotion avant qu’elle puisse être dissimulée.
Et entre les cases, beaucoup de blanc.
Cette place laissée au vide ralentit la lecture. On reste un peu plus longtemps sur un regard, une hésitation ou un geste.
Les personnages semblent parfois flotter dans leurs propres émotions.
J’aime beaucoup cette manière de créer de l’intimité sans remplir chaque espace de dialogues. Avec une héroïne aussi réservée que Sahee, ces silences prennent une saveur particulière.
Elle parle peu, mais son visage nous retient.
Une sensualité dans les détails
Ces cadrages rapprochés accompagnent aussi la tension entre Sahee et Jeong.
Une main qui s’attarde, une distance qui se réduit, un regard auquel on ne répond pas tout de suite…
Le dessin sait nous faire attendre.
Alors oui, Nos Tabous est explicite. Mais j’ai parfois trouvé les instants qui précèdent les rapprochements tout aussi troublants que les scènes elles-mêmes.
Cette façon de suspendre un moment m’a rappelé certains passages d’Avant la moisson, où les espaces blancs et les petits gestes invitent également à ralentir.
Avec, ici, une tension nettement plus charnelle.
⚜️ Note de La Lady : quand les titres changent notre regard
Chères lectrices, vous connaissez désormais mon petit plaisir : comparer les titres d’une langue à l’autre, comme avec Finding Camellia.
Un sujet qui me tient à cœur, car quelques mots suffisent parfois à changer toute la promesse d’une histoire…
Nos Tabous, en français, évoque une confidence entre deux amants. Quelque chose d’intime, d’interdit, qui accompagne assez bien l’élégance du dessin.
No Taboo, en anglais, paraît plus provocateur : le titre semble annoncer une histoire sans tabou, prête à franchir les limites.
Mais le titre coréen, 개짓 (Gaejit), est bien plus brutal. Il évoque un comportement méprisable ou honteux, avec une référence insultante au chien.
Le contraste est saisissant.
Là où les traductions nous orientent vers une romance sulfureuse, le titre original semble jeter un regard beaucoup moins tendre sur les agissements des personnages.
Et après avoir rencontré certaines figures de cette histoire, je comprends assez bien pourquoi.
Les hommes de Nos Tabous : entre charme et contrariétés
Un dirigeant qui aime avoir le dernier mot, un ami qui nous serre le cœur et un secrétaire qu’on remarque bien vite…
Nos Tabous offre plusieurs occasions de s’attarder sur son casting masculin.
Mais vous connaissez les exigences de notre Panthéon des Husbandos : un beau visage attire l’attention, les actes décident de la suite.
Et avec Jeong, La Lady a quelques petites choses à discuter.
Jeong : l’arrogance à l’épreuve des sentiments
Une entrée que l’on remarque
Il faut bien commencer par reconnaître l’évidence.
Jeong est beau.
Très beau.
Une allure impeccable, une carrure généreuse et cette assurance d’homme habitué à être écouté… La Lady n’a pas beaucoup de réclamations.
Il montre aussi très tôt qu’il sait intervenir lorsqu’on manque de respect à Sahee.
Dès leur première rencontre, il réagit aux propos déplacés d’autres hommes. Derrière son arrogance, on devine donc une attention qui donne envie de lui laisser sa chance.
Même si monsieur semble assez convaincu de ne pas avoir besoin de notre permission.
Des attentions qui font leur effet
Jeong sait également reconnaître son talent.
Lorsqu’elle pense que son argent explique sa sélection artistique, il lui précise que le comité l’a choisie pour son travail.
Et pour une jeune femme qui doute autant d’elle-même, cette distinction compte énormément.
Puis, peu à peu, l’homme qui semblait si sûr de maîtriser leur relation commence à perdre de sa superbe.
Sahee lui manque. Il s’attache bien davantage qu’il ne l’avait prévu.
Voir ce dirigeant si assuré découvrir qu’il ne contrôle pas ses propres sentiments possède, je l’avoue, un charme certain.
Quand son assurance devient agaçante
Mais Jeong sait aussi épuiser ma patience.
Lorsqu’il refuse d’accepter leur rupture sous prétexte que lui n’a jamais rompu, j’ai eu envie de lui rappeler qu’une séparation ne nécessite pas sa signature.
Et sa tentative de convaincre Sahee de renoncer à son programme artistique à l’étranger m’a encore davantage contrariée.
Cette occasion lui appartient.
Elle a passé suffisamment de temps à mettre sa vie entre parenthèses pour les autres.
Alors oui, Jeong l’aime. Il sait la défendre, jusqu’à exposer les scandales de sa propre famille.
Mais j’aurais aimé qu’il comprenne plus facilement que soutenir Sahee implique aussi de respecter les décisions qui l’éloignent de lui.
Un homme séduisant, capable de tendresse… et qui donne régulièrement envie à La Lady de refermer son éventail d’un coup sec.
Juhwan : le bon garçon qui nous serre le cœur
L’ami de l’école d’art possède un charme beaucoup plus doux.
Il croit au talent de Sahee et l’encourage à saisir sa chance à l’étranger, même si ce départ risque de l’éloigner de lui.
Il aimerait être davantage qu’un ami.
Elle ne semble pas vraiment l’envisager.
Et nous voilà, une fois encore, à nous attacher à un second rôle dont on pressent qu’il va nous laisser un petit pincement au cœur.
Sahee ne lui doit évidemment pas ses sentiments.
Mais La Lady aurait volontiers demandé un peu de bonheur pour lui aussi.
M. Kim : le secrétaire que l’on n’avait pas prévu de regarder
Calme, élégant et naturellement respectueux envers Sahee, le secrétaire de Jeong apporte une présence apaisante.
Dans cet entourage où le statut social semble tant compter, sa manière de la traiter avec considération fait du bien.
Et puis, son intérêt pour elle nous offre quelques réactions jalouses de Jeong.
Ce qui, vous vous en doutez, ne m’a pas déplu.
Certains personnages n’ont pas besoin de beaucoup de scènes pour se faire remarquer.
Hall of Shame : le voisin
Sa place était réservée dès ses remarques sur le handicap de Sahee.
L’homme semble considérer que son attention constitue déjà une faveur et qu’elle devrait s’en satisfaire.
Difficile de faire moins séduisant.
Le voir ensuite utilisé pour son argent possède donc une ironie que La Lady a savourée sans beaucoup de remords.
L’arroseur arrosé, dans toute sa splendeur.
Et si Sahee se choisissait enfin ?
Nos Tabous m’a fait passer de la tendresse à l’agacement avec une facilité déconcertante.
J’ai aimé son esthétique, ses silences et cette tension entre deux personnages qui ne savent pas toujours quoi faire de leurs sentiments.
Et j’ai souvent eu envie de secouer un peu Jeong.
Mais c’est surtout Sahee que j’avais envie de voir avancer.
La voir croire en son talent, défendre ses envies et découvrir qu’elle peut être aimée sans devoir constamment se rendre utile.
Son handicap occupe une place importante dans son quotidien. Pourtant, les limites que les autres lui imposent semblent parfois bien plus difficiles à dépasser que sa difficulté à marcher.
Alors, au fil des chapitres, son projet artistique à l’étranger a pris autant d’importance à mes yeux que sa relation amoureuse.
C’est aussi ce qui me touche chez les héroïnes dont nous parlons dans Le Manifeste de la Lady : leur manière de trouver, chacune à leur rythme, le courage de décider pour elles-mêmes.
Et vous, chères lectrices : Jeong vous a-t-il séduites… ou avez-vous surtout eu envie de faire les valises de Sahee ?
Chères lectrices,
La Lady
ne laissez jamais les blessures que le monde vous impose vous faire croire que vous méritez moins d’amour.
Crédits
- Titre Français : Nos Tabous
- Titre Original : 개짓 (Gaejit)
- Titre Anglais: No Taboo
- Auteur original : Kim Yeong Han
- Scénario : Bulsa
- Illustrations : Mute & Seo In Hwa
- Où lire en VF : 🇫🇷 Webtoon
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Les analyses et textes publiés sur ce blog sont la propriété exclusive de Webtoon Lady.
Les noms et personnages de Nos Tabous appartiennent à leurs ayants droit respectifs.
