Finding Camellia – À la recherche de Camélia: quand l’amour dépasse les apparences et les genres

Publié sur Manta sous le titre français À la recherche de Camélia et en librairie sous son titre international Finding Camellia, ce webtoon raconte l’histoire d’une jeune fille à qui l’on vole jusqu’à son identité.

À douze ans, Camellia ne rêve ni de palais ni de robes somptueuses.

Elle vit pauvrement avec sa mère dans les bas-fonds, mais cette vie est la sienne. Elle possède un prénom, des souvenirs et, surtout, une personne qui l’aime.

Puis, un soir, la famille de son père vient la chercher.

Camellia découvre alors une grande demeure, des vêtements élégants et l’éducation réservée aux enfants de l’aristocratie. Mais derrière ce confort soudain se cache une réalité bien moins féerique.

La maison Bale ne souhaite pas accueillir une fille née hors mariage.

Elle a besoin d’un garçon.

Kieran, l’héritier légitime, est gravement malade. Pour garantir l’avenir de la famille, Camellia doit abandonner ses cheveux longs, ses robes et jusqu’à son prénom.

Désormais, elle sera Camellius Bale, le second fils du marquis.

Un héritier de remplacement que l’on pourra utiliser, puis faire disparaître lorsqu’il aura cessé d’être nécessaire.

Pourtant, sous les vêtements masculins et les secrets accumulés, Camellia n’oublie jamais qui elle est. Elle rêve de retrouver sa mère et de reprendre un jour la vie qu’on lui a volée.

Mais son identité trouble également ceux qui l’entourent.

Et surtout Claude, le meilleur ami de son frère, qui ne comprend vraiment pas pourquoi le jeune Camellius occupe de plus en plus ses pensées.

✧ La note de La Lady — Deux titres, deux regards sur l’histoire

Le titre original coréen, 참아주세요, 대공, peut se traduire par Patience, Grand-Duc ou Retenez-vous, Grand-Duc. Il place ainsi Claude au centre de la promesse romantique et évoque déjà les sentiments qu’il tente de contenir face à Camellius.

Le titre international, Finding Camellia, déplace au contraire le regard vers l’héroïne.

Il ne s’agit plus seulement d’un grand-duc troublé par une attirance qu’il ne comprend pas, mais d’une jeune femme qu’il faut « retrouver » sous l’identité masculine qu’on lui a imposée.

Retrouver Camellia, c’est retrouver la fille cachée derrière Camellius, la mère dont elle a été séparée et, surtout, le droit de décider elle-même qui elle souhaite devenir.

Le titre original annonce donc davantage la romance et le désir contenu de Claude. Le titre international, lui, embrasse toute la quête identitaire de Camellia.

Pour une fois, le changement de titre ne se contente pas de sonner plus joliment en anglais : il apporte une véritable seconde lecture à l’œuvre.


Derrière Camellius, une enfant sacrifiée

Camellia, une enfant à qui l’on vole jusqu’à son prénom

Camellia n’est pas invitée à rejoindre la famille de son père.

Elle est contrainte d’y jouer un rôle.

On lui coupe les cheveux. On remplace ses robes par des vêtements masculins. On lui apprend à marcher, parler et se comporter comme le jeune fils d’une grande famille.

Elle doit surveiller ses gestes, sa voix et ses réactions. Le moindre détail pourrait trahir le secret des Bale.

Mais le plus violent n’est peut-être pas le déguisement.

C’est la disparition progressive de son identité.

Chaque fois qu’elle répond au nom de Camellius, Camellia participe malgré elle au mensonge construit par les adultes. Elle devient l’instrument d’une famille qui refuse de reconnaître son existence tout en ayant besoin d’elle.

Le gender bender apporte naturellement au récit quelques situations romantiques et parfois amusantes. Les traits délicats de Camellius attirent les regards, troublent les certitudes et provoquent chez Claude des émotions qu’il ne sait absolument pas où ranger.

Pour Camellia, cependant, cette confusion n’a rien d’un jeu.

Dans certaines histoires, une héroïne choisit de se faire passer pour un homme afin d’étudier, de travailler ou d’accéder à un monde qui lui est interdit. Le costume masculin devient alors un outil d’émancipation.

Ici, c’est exactement l’inverse.

Camellia ne se déguise pas pour devenir libre.

Elle est déguisée pour être contrôlée.

Ses vêtements lui donnent accès aux privilèges de la noblesse, mais ces avantages ne lui appartiennent pas vraiment. Ils sont accordés à Camellius, le fils fictif des Bale, et non à Camellia.

Elle peut recevoir une excellente éducation, apprendre à manier une arme et fréquenter les plus grands noms de l’aristocratie. Pourtant, elle ne peut même pas se présenter au monde sous son véritable prénom.


Une belle-mère qui préfère punir l’enfant

La marquise Bale pourrait presque susciter de la compassion.

Elle a été trompée par son mari. Elle sait qu’une enfant est née de cette trahison et, dans un milieu où le rang comme les apparences déterminent toute l’existence d’une femme, cette humiliation a certainement laissé une blessure profonde.

Mais comprendre l’origine de sa colère ne signifie pas excuser ce qu’elle en fait.

Car la marquise ne demande pas véritablement de comptes à son époux.

Elle s’en prend à Camellia.

Cette enfant n’a pourtant choisi ni sa naissance ni la relation de ses parents. Elle n’est pas responsable de l’adultère du marquis. Elle n’est même pas entrée volontairement dans la maison Bale : on l’a arrachée à sa mère pour l’y conduire.

Malgré cela, c’est elle que la marquise décide de punir.

Le mari infidèle conserve son nom, son titre et son autorité. Camellia, elle, perd sa mère, son prénom et le droit de grandir en tant que fille.

L’adulte coupable reste libre tandis que l’enfant innocente doit disparaître.

C’est précisément ce déplacement de la colère qui rend la marquise si cruelle. Elle ne choisit pas d’affronter la personne responsable, mais celle qu’elle peut dominer sans danger.

Sa violence rappelle la cruauté de l’oncle de Miss Pendleton. Dans les deux œuvres, une figure familiale utilise son autorité pour contrôler une jeune fille vulnérable.

Le danger ne vient pas d’un ennemi extérieur, mais de la personne qui aurait dû lui garantir un foyer.

La famille cesse alors d’être un refuge.

Elle devient le premier lieu de l’injustice.


Une mère disparue, mais jamais oubliée

La maison Bale ne se contente pas de transformer Camellia en garçon. Elle tente également de rompre le dernier lien qui l’unit à sa vie d’avant.

On lui fait croire que sa mère est morte.

Pourtant, Camellia ne parvient jamais à l’oublier. Derrière le jeune Camellius parfaitement habillé demeure toujours la petite fille qui vivait auprès d’elle dans les quartiers pauvres.

Ce souvenir l’empêche de se laisser absorber complètement par son nouveau rôle.

Camellia apprend les règles de la noblesse, mais elle ne devient jamais véritablement le fils que les Bale veulent fabriquer. Elle observe, attend et conserve l’espoir de retrouver un jour sa mère.

Cette recherche ouvre progressivement un autre arc de l’histoire, lié aux bas-fonds, à un médecin et aux secrets que la famille Bale a voulu ensevelir.

Je préfère ne pas en révéler davantage, car l’intérêt réside justement dans la manière dont Camellia reconstruit le chemin qui la ramène vers son passé.

Mais cette quête donne tout son sens au titre.

Finding Camellia, c’est retrouver la jeune fille cachée derrière Camellius.

C’est retrouver la mère qu’on lui a volée.

Et c’est permettre à Camellia de découvrir qui elle désire devenir lorsqu’elle n’aura plus à vivre pour protéger les intérêts d’une autre famille.


Le Panthéon des Husbandos

Claude del Ihar — Aimer avant de comprendre

Claude connaît Camellia sous l’identité de Camellius, le jeune frère de son meilleur ami.

Pourtant, quelque chose chez ce garçon l’attire irrésistiblement.

Il l’observe, le provoque, recherche sa présence, puis tente de prendre ses distances. Plus ses sentiments deviennent évidents, moins il parvient à les faire entrer dans la conception qu’il possède de lui-même et de son avenir.

Camellius est censé être un garçon.

Claude appartient à une noblesse où chaque union répond à des impératifs de rang, de réputation et de succession. Ce qu’il ressent lui paraît donc aussi impossible qu’incompréhensible.

Et c’est précisément ce tourment qui me l’a rendu si mémorable.

Le lecteur connaît la vérité et pourrait simplement attendre le moment où Claude découvrira que Camellius est une fille. Pourtant, le passage le plus intéressant se situe avant cette révélation.

Que va-t-il faire de cet amour tant qu’il le croit encore interdit ?

Son trouble m’a rappelé celui de Nakatsu dans Parmi eux – Hana-Kimi. Persuadé d’être amoureux d’un garçon, Nakatsu traverse lui aussi une véritable crise intérieure.

Il lutte, se questionne, essaie de se raisonner… avant de finir par accepter une évidence très simple : quelle que soit l’identité de Mizuki, ce qu’il ressent est réel.

Claude suit un chemin comparable.

La révélation de la féminité de Camellia ne crée pas son amour. Elle le rend simplement conforme à ce que son monde est capable d’accepter.

Et c’est peut-être là qu’il se montre le plus digne de son rang : non lorsqu’il reconnaît la femme sous les vêtements masculins, mais lorsqu’il envisage de l’aimer alors qu’il la croit encore garçon.

Il rejoint ainsi, à sa manière, les héros d’Our Sunny Days. Son attachement ne naît pas lorsque la société lui donne enfin l’autorisation d’aimer Camellia. Il existe déjà lorsqu’il croit encore aimer Camellius.

Avant de connaître toute la vérité, Claude commence donc à comprendre que ses sentiments comptent davantage que l’étiquette qu’il pourrait leur donner.

Confession de La Lady

Ceux sont les tourments de Claude qui me sont restés le plus longtemps en mémoire.

Le voir se demander ce qui lui arrive, tenter de lutter, puis atteindre ce moment où il semble se dire « tant pis, même si c’est un garçon » possède quelque chose d’aussi drôle que profondément touchant.

Un husbando dont la plus belle qualité est peut-être d’avoir commencé à aimer Camellia avant même de savoir qu’elle était Camellia.


Kieran Bale — Le frère qui refuse la haine héritée

Kieran aurait facilement pu considérer Camellia comme une menace pour son héritage ou comme la preuve honteuse de l’adultère de son père.

Il choisit au contraire de la reconnaître comme sa sœur.

Malgré sa santé fragile et l’influence de sa mère, il ne cautionne pas ce que Camellia subit. Il comprend qu’elle n’est responsable ni de sa naissance ni des fautes commises par leurs parents, et il tente de la protéger avec les moyens dont il dispose.

Sa bonté est d’autant plus touchante que sa maladie se trouve au cœur du mensonge.

Camellia est devenue Camellius pour pouvoir le remplacer si son état empirait. Kieran n’a jamais demandé ce sacrifice, mais il ne peut ignorer que sa sœur paie le prix de sa fragilité.

Camellia accepte d’ailleurs une partie de ce qu’on lui impose par affection pour lui. Parce qu’il lui offre la tendresse que les autres membres de la famille lui refusent, elle se sent redevable envers lui.

Leur relation est donc aussi douce que douloureuse : l’amour qu’elle porte à son frère l’aide à survivre, mais contribue également à la retenir dans une identité qu’elle n’a pas choisie.

Kieran aurait pu profiter du système créé pour le protéger. Il refuse pourtant de devenir l’ennemi que sa mère semblait avoir désigné à Camellia.

Sa gentillesse rappelle celle de Raymond dans The Tyrant Wants to Be Good. Dans les deux histoires, les décisions parentales auraient pu transformer le frère et la sœur en adversaires.

Pourtant, le frère ne reproduit pas la cruauté des adultes et continue d’aimer celle que la famille traite injustement.

Verdict de La Lady :

Pas un prétendant romantique, évidemment, mais un véritable husbando de cœur. Sa douceur prouve que les enfants ne sont pas condamnés à hériter des haines de leurs parents.


Ian Sergio — Le prince qui voit immédiatement Camellia

Ian offre un contraste très intéressant avec Claude.

Là où Claude se débat contre une attirance qu’il ne comprend pas, Ian connaît la véritable identité de Camellia. Il peut donc la regarder comme la jeune femme qu’elle est, sans passer par les mêmes tourments intérieurs.

Et surtout, il voit Camellia là où tant d’autres ne voient que Camellius Bale.

Avec lui, elle n’est pas seulement le frère de Kieran, l’héritier de remplacement ou le secret embarrassant d’une grande famille.

Ian reconnaît la personne dissimulée derrière le rôle.

Prince d’une nation rivale, il apporte également un parfum d’ailleurs et la possibilité d’un autre avenir. Sa présence rappelle à Camellia que le monde ne s’arrête pas aux murs de la maison Bale et qu’une vie différente peut exister au-delà de ce qu’on lui impose.

Par son statut de prince étranger et sa manière d’aider avec discrétion, Ian rappelle le second prince de Karnan dans Secret Lady.

Tous deux pourraient se contenter d’observer les intrigues d’un autre royaume. Ils choisissent pourtant d’utiliser leur influence dans l’ombre pour soutenir ceux auxquels ils se sont attachés.

Ian possède ainsi le charme redoutable du second prétendant qui arrive avec davantage de certitudes, de liberté et, reconnaissons-le, beaucoup trop d’élégance pour être ignoré.

Ian voit immédiatement Camellia.

Claude, lui, commence par aimer Camellius.

Deux manières très différentes de reconnaître la même personne… mais, pour cette fois, les tourments de Claude conservent une petite longueur d’avance dans mon cœur.

✧ La note de La Lady — Ian n’a peut-être pas dit son dernier mot

Le potentiel d’Ian semble avoir été remarqué bien au-delà du cercle des lectrices atteintes du fameux syndrome du second lead.

Les histoires annexes de Finding Camellia lui accordent en effet une place plus importante, tandis que l’éventualité d’un récit indépendant consacré au prince commence à circuler.

Rien d’étonnant.

Avec son propre royaume, son caractère et tout ce que l’histoire principale laisse encore à découvrir sur lui, Ian possède largement de quoi devenir le héros de sa propre romance.

En attendant une éventuelle confirmation, une chose est certaine : Ian n’est peut-être pas seulement le second prétendant de l’histoire de Camellia.

Il pourrait bien être le futur héros d’une autre.


Le Hall of Shame

Le marquis Bale — Le seul coupable qui ne paie jamais

Le marquis Bale est à l’origine de toute la situation.

C’est lui qui a trompé son épouse. C’est également lui qui aurait dû protéger l’enfant née de cette relation.

Pourtant, lorsqu’il faudrait enfin assumer les conséquences de ses actes, il s’efface.

Il laisse Camellia être arrachée à sa mère, transformée en garçon et utilisée pour préserver le nom des Bale.

Sa passivité pourrait sembler moins spectaculaire que la cruauté de la marquise. Elle n’en est pas moins condamnable.

Il aurait pu mettre fin au supplice de sa fille par une seule décision.

Il choisit de ne pas le faire.

La marquise organise la vie de Camellia comme un mensonge, mais le marquis rend ce mensonge possible en refusant constamment de prendre ses responsabilités.

Sentence de La Lady :

Condamné pour adultère, lâcheté paternelle et disparition systématique dès qu’il faut répondre de ses propres actes.


Retrouver Camellia derrière Camellius

Finding Camellia réunit tout ce que l’on peut attendre d’une grande romance historique : une identité dissimulée, une famille aristocratique impitoyable, des secrets, plusieurs prétendants séduisants et une héroïne qui tente de reprendre le contrôle de son destin.

Mais l’histoire possède également quelque chose de plus intime.

Camellia ne cherche pas seulement à révéler qu’elle est une femme. Elle cherche à redevenir une personne entière après avoir été traitée comme une solution de secours.

Kieran refuse de transformer l’injustice familiale en rivalité fraternelle.

Ian reconnaît Camellia derrière le masque qu’on lui impose.

Et Claude découvre que l’amour peut apparaître avant les certitudes et survivre à la remise en cause de tout ce qu’il croyait savoir sur lui-même.

Comme Fiona dans Autrice de ma destinée, Camellia refuse finalement de rester le personnage secondaire d’une histoire écrite par les autres.

Retrouver son prénom, sa mère et sa liberté revient à reprendre la plume pour décider elle-même de la femme qu’elle souhaite devenir.

Alors oui, nous pouvons lire Finding Camellia pour ses magnifiques tenues, ses regards troublés et son séduisant casting masculin.

Mais nous pouvons surtout le lire pour accompagner Camellia sur le chemin qui la ramène enfin vers elle-même.


Chères lectrices,
Le véritable amour voit au-delà des apparences… et des genres.

La Lady


Crédits
  • Titre original : 참아주세요, 대공 — Patience, Grand-Duc
  • Titre français sur Manta :À la recherche de Camélia
  • Titre de l’édition papier française :Finding Camellia
  • Œuvre originale : webnovel de Jin Soye
  • Adaptation : Bokyung Kong
  • Dessin : Seureureuk Comics / Manta Comics
  • Où lire en VF : Manta
  • Édition papier française : Vega-Dupuis

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L’œuvre, les personnages et les illustrations de Finding Camellia appartiennent à Jin Soye, Bokyung Kong, Seureureuk Comics, RIDI/Manta et à leurs éditeurs respectifs. L’analyse critique est signée Webtoon Lady.

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